🧠 La carrière traditionnelle est‑elle vraiment « cassée » ?

Pourquoi le modèle linéaire de progression n’a plus cours et comment les entreprises doivent s’adapter.

Dans le monde du recrutement, il existe une question stratégique qui n’en finit pas de rebondir dans les comités de direction et les équipes RH : le modèle classique de carrière linéaire, ascension hiérarchique dans une seule entreprise, est‑il devenu obsolète ? 

À l’heure où l’automatisation, l’intelligence artificielle et les aspirations individuelles redéfinissent les trajectoires professionnelles, la réponse est de plus en plus affirmative.



📉 Un désamour des parcours linéaires

Les dernières éditions de l’étude Workmonitor de Randstad, menée auprès de 27 000 salariés et 1 225 employeurs dans 35 pays, confirment une rupture profonde avec le modèle traditionnel :

  • En France, 38 % des salariés déclarent ne pas se voir faire carrière dans un seul métier ou une seule entreprise ;

  • Et 72 % des employeurs jugent les parcours classiques obsolètes.

Cela signifie que seulement une minorité des actifs adhèrent encore à l’ancienne logique d’« escalier » professionnel, un modèle où l’on entre junior, on monte les échelons et on finit cadre ou dirigeant dans la même organisation. Aujourd’hui, même les employeurs estiment que ce cheminement figé ne reflète plus la réalité des talents.



🌀 L’ère des carrières « plurielles »

Désormais, beaucoup d’actifs construisent des carrières « en portefeuille » (portfolio careers), mêlant expériences variées, projets freelance, missions temporaires, formations et parfois plusieurs sources de revenus. Cette évolution n’est pas un phénomène anecdotique :

  • Un nombre croissant de professionnels optent pour une combinaison de postes, missions ou activités complémentaires plutôt que de viser une progression hiérarchique traditionnelle.

Cette tendance répond à plusieurs réalités contemporaines :

  1. 💡 L’impact de l’IA sur le travail : la transformation des tâches par l’intelligence artificielle accélère l’obsolescence de certaines fonctions et redéfinit les compétences demandées. En France, plus de la moitié des talents reconnaissent la nécessité de se former à l’IA pour sécuriser leur employabilité.

  2. 📚 La montée en compétences devient essentielle : plus que jamais, ce ne sont plus les titres ou l’ancienneté qui comptent, mais la capacité à apprendre, à se renouveler et à s’adapter. La longévité de son expérience au sein d’une même entreprise devient alors moins importante.

  3. ⚖️ La quête d’équilibre de vie : 81 % des salariés français placent encore le salaire en tête des critères d’attractivité, mais l’équilibre des temps de vie est devenu plus déterminant pour la fidélisation que la seule progression salariale.


📊 Pourquoi ce changement est‑il profond ?

Plusieurs forces convergent pour fragiliser le modèle traditionnel :

  • Technologie et disruption des métiers : l’IA, déjà omniprésente, réduit le nombre de tâches routinières et exige des compétences nouvelles, ce qui affaiblit l’idée que l’on « grimpe » en restant figé dans un seul rôle ou domaine.

  • Attentes générationnelles : les nouvelles générations cherchent un sens, une autonomie et des parcours diversifiés plutôt qu’un titre prestigieux à tout prix.

  • Économie incertaine : la volatilité du marché pousse les talents à sécuriser leur avenir en multipliant les expériences et les compétences, non en gravissant une hiérarchie figée.


🧑‍💼 Ce que ça change pour les entreprises

Ce changement de paradigme est une opportunité autant qu’un défi :

 

1. Attirer autrement

Les professionnels ne se laissent plus séduire par la promesse d’« une belle carrière » dans un seul organigramme : ils veulent savoir comment ils vont grandir, apprendre et se réinventer. La marque employeur ne peut plus se contenter d’un discours sur l’ancienneté ou la hiérarchie.

 

2. Investir dans la formation continue

Face aux transformations technologiques, les entreprises qui offrent des parcours de formation personnalisés et l’accès à des compétences clés (IA, leadership, agilité) renforcent l’employabilité de leurs collaborateurs — et gagnent en attractivité.

 

3. Redéfinir les parcours internes

Au lieu de promotions verticales, proposer des parcours multidirectionnels, comme des rotations de poste, des missions transversales ou des projets d’innovation, peut répondre aux aspirations modernes et à la flexibilité requise par les talents.



La fin d’une illusion, le début d’une opportunité

Le modèle de carrière traditionnel n’est pas simplement ébranlé : il est en train d’être remplacé par une nouvelle architecture professionnelle, plus fluide, plus personnalisée et surtout plus centrée sur les compétences et l’expérience que sur le titre ou l’ancienneté.

Pour les professionnels, cela signifie plus de liberté, mais aussi la nécessité d’être acteurs de leur employabilité. Pour les entreprises, c’est une invitation à repenser les trajectoires internes, à développer des environnements qui favorisent l’apprentissage continu et à bâtir des parcours qui donnent du sens.

L’échelle verticale n’a pas disparu du jour au lendemain, mais elle est progressivement supplantée par des modèles interactifs où l’agilité, l’apprentissage permanent et la création de valeur comptent davantage que la simple montée hiérarchique.


 

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