Pourquoi le modèle linéaire de progression n’a plus cours et comment les entreprises doivent s’adapter.
Dans le monde du recrutement, il existe une question stratégique qui n’en finit pas de rebondir dans les comités de direction et les équipes RH : le modèle classique de carrière linéaire, ascension hiérarchique dans une seule entreprise, est‑il devenu obsolète ?
À l’heure où l’automatisation, l’intelligence artificielle et les aspirations individuelles redéfinissent les trajectoires professionnelles, la réponse est de plus en plus affirmative.
Les dernières éditions de l’étude Workmonitor de Randstad, menée auprès de 27 000 salariés et 1 225 employeurs dans 35 pays, confirment une rupture profonde avec le modèle traditionnel :
Cela signifie que seulement une minorité des actifs adhèrent encore à l’ancienne logique d’« escalier » professionnel, un modèle où l’on entre junior, on monte les échelons et on finit cadre ou dirigeant dans la même organisation. Aujourd’hui, même les employeurs estiment que ce cheminement figé ne reflète plus la réalité des talents.
Désormais, beaucoup d’actifs construisent des carrières « en portefeuille » (portfolio careers), mêlant expériences variées, projets freelance, missions temporaires, formations et parfois plusieurs sources de revenus. Cette évolution n’est pas un phénomène anecdotique :
Cette tendance répond à plusieurs réalités contemporaines :
Plusieurs forces convergent pour fragiliser le modèle traditionnel :
Ce changement de paradigme est une opportunité autant qu’un défi :
Les professionnels ne se laissent plus séduire par la promesse d’« une belle carrière » dans un seul organigramme : ils veulent savoir comment ils vont grandir, apprendre et se réinventer. La marque employeur ne peut plus se contenter d’un discours sur l’ancienneté ou la hiérarchie.
Face aux transformations technologiques, les entreprises qui offrent des parcours de formation personnalisés et l’accès à des compétences clés (IA, leadership, agilité) renforcent l’employabilité de leurs collaborateurs — et gagnent en attractivité.
Au lieu de promotions verticales, proposer des parcours multidirectionnels, comme des rotations de poste, des missions transversales ou des projets d’innovation, peut répondre aux aspirations modernes et à la flexibilité requise par les talents.
Le modèle de carrière traditionnel n’est pas simplement ébranlé : il est en train d’être remplacé par une nouvelle architecture professionnelle, plus fluide, plus personnalisée et surtout plus centrée sur les compétences et l’expérience que sur le titre ou l’ancienneté.
Pour les professionnels, cela signifie plus de liberté, mais aussi la nécessité d’être acteurs de leur employabilité. Pour les entreprises, c’est une invitation à repenser les trajectoires internes, à développer des environnements qui favorisent l’apprentissage continu et à bâtir des parcours qui donnent du sens.
L’échelle verticale n’a pas disparu du jour au lendemain, mais elle est progressivement supplantée par des modèles interactifs où l’agilité, l’apprentissage permanent et la création de valeur comptent davantage que la simple montée hiérarchique.