L’IA va remplacer le recruteur ?
- Auteur : Clémence de La Blanchardière
- Publié le : 20 janvier 2026
L’IA va remplacer le recruteur ?
Quand on parle d’intelligence artificielle, plusieurs scénarios se dessinent. De AI2027 et la promesse (ou la menace) d’une superintelligence, à une IA utile, régulée, pragmatique, intégrée dans nos outils du quotidien. Entre fantasme technologique et réalité opérationnelle, une question brûle de nombreuses lèvres dans le secteur : l’IA va-t-elle remplacer le recruteur ?
Les RH sous pression permanente depuis le Covid
Depuis la crise sanitaire, la fonction RH a changé de statut. Longtemps perçue comme une fonction support, elle fait désormais partie des directions stratégiques, au cœur de la performance des entreprises.
Guerre des talents, pénurie de compétences, nouvelles attentes des candidats, quête d’équilibre, montée en puissance du sens au travail : les recruteurs sont en première ligne.
Selon une étude Gartner (2024), 60 % des DRH estiment que leur charge de travail a augmenté durablement depuis 2020, sans hausse proportionnelle des effectifs. Résultat : des équipes sous l’eau, sommées d’aller plus vite, mieux, avec moins.
Dans ce contexte, voir l’IA prendre en charge certaines tâches n’a rien d’une menace. C’est même, pour beaucoup, une bouffée d’oxygène.
Tri de CV, pré‑qualification, planification des entretiens, relances automatiques, scoring des candidatures : autant de tâches chronophages qui consomment du temps sans forcément créer de valeur humaine.
Le PDG de Nvidia, Jensen Huang, l’évoquait récemment : « Si l’IA excelle dans les décisions basées sur les données et la modélisation stratégique, le jugement humain, l’établissement de relations de confiance et le raisonnement éthique restent des qualités de leadership irremplaçables. »
Appliqué au recrutement, le message est clair : l’IA peut assister, pas incarner.
« 40 % de vos tâches seront remplacées par l’IA »
La phrase est devenue virale. Sam Altman, CEO d’OpenAI, le répète : des métiers disparaîtront, beaucoup seront profondément redéfinis.
Le recrutement n’y échappera pas.
Selon McKinsey, près de 30 à 40 % des tâches RH pourraient être automatisées d’ici 2030. Dans ce pourcentage, certaines pratiques de recrutement sont particulièrement exposées.
Pas le métier de recruteur dans son ensemble, mais un certain type de recrutement :
- ➥ le matching purement mécanique,
- ➥ la lecture de CV à la chaîne,
- ➥ la chasse sans contextualisation,
- ➥ les process standardisés, chronométrés, déshumanisés.
- Autrement dit : le recrutement chronophage et automatisable.
- Et soyons honnêtes : ce sont souvent les tâches que les recruteurs eux-mêmes rêvent de déléguer.
- Une étude LinkedIn Talent Solutions (2024) révèle que 74 % des recruteurs utilisent déjà des outils d’IA, principalement pour :
- ➥ gagner du temps sur la présélection,
- ➥ améliorer la pertinence du matching,
- ➥ automatiser la communication.
- Mais l’IA montre rapidement ses limites. Ce qu’elle ne remplace pas (et ne remplacera pas), c’est :
- ➥ la qualité du contact humain,
- ➥ la capacité à rassurer un candidat en doute,
- ➥ la lecture fine d’un parcours atypique,
- ➥ le feeling avec une entreprise, une équipe, un manager.
- Tous ces « à‑côtés » du travail qui pèsent aujourd’hui lourd dans la décision d’accepter, ou non, un poste. Le choix d’un job ne se résume plus à une fiche de poste optimisée par algorithme.
Demain : des recruteurs augmentés, pas remplacés
Le futur du recrutement ne sera ni totalement humain, ni totalement automatisé.
Il sera augmenté.
Des recruteurs plus rapides sur la pré‑qualification. Des process plus fluides. Des outils capables de tester, scorer, comparer, structurer. Et surtout : plus de temps de qualité pour ce qui fait le cœur du métier : écouter, comprendre. conseiller, créer de la confiance, aligner un projet professionnel avec une réalité d’entreprise.
Selon une étude Deloitte (2024), les entreprises combinant IA et expertise humaine dans leurs recrutements améliorent de 25 % la rétention à 12 mois.
Ce chiffre dit tout: l’IA ne remplace pas le recruteur. Elle le libère. Et dans un marché où le talent choisit autant qu’il est choisi, l’humain reste la meilleure technologie disponible.


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